![]() |
J’aborde la photographie, ainsi que la poésie, un peu comme un musicien écrit sa musique.
Ma création n’est pas segmentée, c’est une ligne qui par moments se condense et s’enroule pour faire naître une entité artistique. Je pense qu’une entité doit figurer dans un contexte, il me semble opportun de la situer par rapport à un avant et un après : un autour. Dans le cas contraire, ce serait un peu comme résumer un voyage ou une ascension, à la seule accession au but - donc réducteur. J’essaie dans mes textes et mes photographies de ne pas soustraire totalement les sujets à l’ensemble, au monde. Je voudrais que mon travail soit fédérateur, j’aime rapprocher les gens, les objets, les idées, je crois à l’universalité des sujets, je crois qu’il n’y a pas de sujet. Je suis moi-même parfois sujet et donc non sujet. Je m’interroge sur les aspects psychotiques de mon travail. Je ne peux détacher ma démarche artistique d’une quête philosophique. Je suis autodidacte, mon acte artistique n’est pas un choix mais une nécessité. Pour supporter le monde, le comprendre, ne pas couler, je me suis construit un radeau avec la sensibilité des œuvres de certains écrivains, poètes, musiciens : ils alimentent ma bulle. Avec l’aide de mon appareil photo je tente de distiller ce qui se trouve autour de moi, mes rencontres et ce que je perçois du monde. Je planifie très peu ce que je photographie, je suis guidé par un fil inconscient et aléatoire, fragile aussi. Je suis touché par les personnes qui représentent les extrémités de l’humanité. Elles sont les garantes (mais non moins humaines) de ce qui nous définit, nous ne sommes que la moyenne. Ecrire, faire une photo, c’est enlever de la matière en trop, ne garder que l’essentiel et le juste, faire de la place : je suis claustrophobe ! Je photographie principalement en noir et blanc, quelques fois en couleurs. Je tente de capter ce que je ressens, pas vraiment ce que je vois : j’essaie d’imprimer mes rêves et mes cauchemars. Le rendu de mes images est souvent flou, ce n’est pas un effet recherché, mais je n’utilise ni trépied (étouffant) ni flash (violent). Le flou est crée par ma respiration, les battements de cœur, le vent, tout mouvement… Pour moi le flou est une fréquence ; toutes les fréquences ne sont pas bonnes, elles doivent être justes, c’est quelque chose de difficile… |
J’essaie d’imprimer à l’aide de mon appareil photo des images organiques, pour traduire l’aspect naturel de la marge et de la souffrance.
Parfois je me questionne sur les intentions qui amènent à la création de centres comme l’UHU, des intentions qui possèdent leurs propres parts d’ombre et de lumière ; ne voudrions nous pas avant tout protéger la société de sa marge ?
L’UHU est une enceinte bien définie : par des murs, des grilles, un règlement, un fonctionnement, des chiffres. Malgré cela mes images mettent en lien des univers très différents.
Parce que je crois à l’universalité je prends le risque de rassembler, et d’aller ainsi à l’encontre d’un système de cases, qui, soit disant, donnent la définition du monde qui nous entoure.
Ma démarche artistique est une quête, je cherche une essence, une lumière : une définition. Travailler avec les hommes et les femmes de la marge est pour moi une solution de facilité, leurs écorces sont un peu plus fines qu’ailleurs…
Ordinary Dust est un projet commun que nous avons entamé voilà trois ans. Ce travail s’apparente à une correspondance, un échange qui distille nos quotidiens. Il est le point de rencontre de nos imaginaires, un no man’s land à leur frontière, où photographie, poésie et musique se mêlent en un tout supérieur à la somme de ses parties.
Ordinary Dust n’est pas abouti, c’est un processus plus qu’un état ; voilà où nous en sommes aujourd’hui. C’est un indicateur de l’intime, une expérimentation au long cours. Il s’agit d’un fil conducteur, une relation privilégiée entre deux frères qui se déroule au fil des mois, à son propre rythme ; son cheminement est parfois circulaire, comme le retour d’un rêve récurrent.
Nous racontons un univers commun, ni plus sale, ni plus propre que l’homme ; y voyagent nos fantasmes, nos joies, nos frustrations…Le rock’n’roll y côtoie le silence, l’insalubre y rencontre la lumière. On y retrouve l’essentiel de deux existences dont les parallèles finissent toujours par s’entrecroiser.
Ordinary Dust, acte 3 se présente aujourd’hui sous la forme d’un ensemble d’une trentaine de photographies en couleurs et noir et blanc ainsi que d’une bande originale.